Rhodania – Première mondiale

Rhodania – Première mondiale

La pièce
L’Harmonie lausannoise a l’honneur d’interpréter en première mondiale Rhodania, poème symphonique pour orchestre à vent du jeune compositeur romand Gauthier Dupertuis. Œuvre originale commandée par l’Harmonie lausannoise, Rhodania présente un hommage intime et captivant du compositeur à la force naturelle du Rhône et sa vallée :

« Ma région natale qu’est le Valais (Vallensis, de « vallée » en référence à celle du Rhône) regorge de paysages montagneux où l’eau et la roche se rencontrent. Lors de balades en montagne, il n’est pas rare de tomber nez à nez avec de magnifiques paysages : fleuves, bisses, cascades sont tout autant d’éléments qui témoignent de la grandeur de la nature. Entre beauté et dangerosité, les cours d’eau de ma région m’ont toujours fasciné. Rhodania est une ode au Rhône, ce fleuve puissant qui prend sa source dans le glacier du Rhône, en Valais, et se jette ensuite dans le lac Léman avant de poursuivre son cours jusqu’au sud de la France. L’œuvre prend la forme d’un poème symphonique dont les différentes sections décrivent les aspects variés du fleuve et des paysages qu’il traverse. »

Gauthier Dupertuis

Rhodania sera interprétée, comme pièce de choix, lors de la Fête fédérale de musique de Bienne, en mai 2026.

Le compositeur
Gauthier Dupertuis (*1997) est un jeune compositeur et chef d’orchestre suisse. Titulaire d’un Master en musicologie et philosophie obtenu à l’Université de Fribourg et d’un Master en direction d’orchestre à vent obtenu à la Haute École de Musique de Lausanne, il a également l’occasion de se perfectionner auprès de Douglas Bostock, Mark Heron ou encore José Rafael Pascual-Vilaplana. Chef titulaire de plusieurs ensembles, il est régulièrement engagé en tant que chef invité, consultant ou jury. Compositeur de plus en plus demandé, Gauthier Dupertuis est lauréat du concours international de composition La Bacchetta d’Oro ainsi que du 9ème concours européen de composition pour Brass Band. En 2025, il est nommé au sein du comité de la section suisse de la World Association for Symphonic Bands and Ensembles (WASBE), dédiée au développement et à l’amélioration des orchestres d’harmonie du monde entier.

L’Harmonie Lausannoise l’a rencontré pour un interview afin de mieux le connaître, lui et sa musique :

Qu’est-ce qui vous a conduit vers la composition pour orchestre d’harmonie ?

S’il me reste quelques souvenirs marquants des vinyles de musique classique que mon papa me faisait découvrir étant enfant (je me rappelle notamment « Jupiter » des Planètes Holst… dont je vois encore la couverture de l’album !),  mes premiers modèles de composition « classique » étaient avant tout les compositeurs (je n’ai pas de souvenir de compositrices) pour orchestre d’harmonie que l’on jouait dans ma petite société de village : Steven Reineke, les frères de Haan, Otto Schwarz, Franco Cesarini, Thomas Doss, etc. Grâce à YouTube, j’ai ensuite élargi mon répertoire, notamment aux compositeurs américains comme Richard Saucedo ou John Mackey ; ainsi qu’au Brass Band. Mes études m’ont ensuite familiarisé avec le répertoire de la musique classique (musique de chambre, orchestre symphonique, musique chorale), c’est pourquoi je dirais qu’actuellement, la composition en général m’intéresse, c’est-à-dire pour tout type d’ensemble. Mais il est vrai que, vu mes origines musicales, je me sens très à l’aise avec l’orchestre d’harmonie.

Pour vous, que représente la musique d’harmonie aujourd’hui : quels sont ses atouts, ses défis, et sa place dans le paysage musical contemporain ?

La musique d’harmonie est un vivier de nouvelles compositions et de pièces plus anciennes qui n’ont rien à envier au répertoire de la musique symphonique classique. Ce milieu permet à de nombreux·ses compositeur·trices contemporain·e·s de s’exprimer, et surtout d’être régulièrement joué·e·s, ce qui est plus rarement le cas dans le milieu classique professionnel. Il s’agit donc de valoriser ce milieu, notamment auprès du milieu académique qui a tendance à le bouder, ou du moins à le considérer comme un pan de la musique « populaire » dans un sens parfois presque péjoratif. Le principal défi des prochaines années, à mon humble avis, sera de promouvoir un répertoire de qualité. 

Pouvez-vous nous raconter la genèse de votre poème symphonique : quelle est son inspiration ? comment l’avez-vous pensé pour notre orchestre ? comment votre parcours personnel a-t-il influencé son écriture ? 

Comme souvent lorsque j’aborde une composition, je pars d’une idée de base qui me vient un peu « comme ça », puis je la développe. Je me souviens exactement du moment où l’idée de cette composition m’est venue. Je m’étais retiré quelques jours au Tessin pour travailler sur ma pièce Anemoia. En m’y rendant depuis le Valais, j’ai été frappé par la beauté des paysages du col du Simplon, avec ses rochers, ses rivières, ses installations hydrauliques et ses auberges qui sentent encore bon le dernier tiers du XXe siècle. 

Une idée musicale m’est alors venue, qui ne me quittait plus, et j’ai fini par me garer au bord de la route pour la noter dans mon cahier, de peur de l’oublier. Les premières mesures de Rhodania étaient nées, et elles sont restées quasiment inchangées. C’était un peu surprenant, car j’étais alors en train de composer les parties les plus sombres d’Anemoia, et c’est ce thème plutôt joyeux et majestueux qui m’est venu. Comme souvent, j’ai des idées complètement à l’opposé de ce dont j’ai besoin au moment où elles me viennent… J’ai également été inspiré par un voyage solitaire que j’ai fait lors d’une excursion en bateau à Majorque : la mer, les rochers, tout cela m’a véritablement donné envie de m’intéresser au sujet de l’eau et de la roche. Quand l’harmonie lausannoise m’a contacté pour le projet de composition, je savais donc déjà à peu près où je voulais aller.

Il est très romantique, et peut-être un peu cliché, de dire que les paysages inspirent la création. Ce que je peux dire, c’est qu’il est indéniable que ces deux épisodes m’ont grandement inspiré pour réaliser cette œuvre. Mais le travail n’était pas fini pour autant. Il m’a donc fallu mener un important travail de recherche, de composition et d’orchestration, qui m’a pris un peu (beaucoup) plus de temps qu’escompté. 

Il est important pour moi d’ajouter une grande touche personnelle à mes œuvres, et il n’est donc pas rare qu’elles rendent hommage à ma région natale. Il s’agit de la troisième œuvre de ma plume qui s’intéresse au Valais, après Waterfall et Salentin. Les plus assidu·e·s d’entre vous reconnaîtront peut-être dans Rhodania un clin d’œil à l’une des deux œuvres précédemment citées…

Ensuite, même si Antoine (notre directeur) m’a laissé carte blanche (ce qui est un luxe pour un compositeur ou une compositrice), il m’a semblé important d’adapter l’instrumentation et le degré de difficulté à l’ensemble qui allait l’interpréter, notamment parce que la pièce devrait être utilisée comme pièce de choix pour la Fête fédérale des musiques en 2026 à Bienne. Mais je dois dire que je n’ai pas vraiment pensé à cet aspect lors de la composition en tant que tel.

Comment se construit l’histoire de Rhodania ? comment la pièce est-elle composée ? que souhaitez-vous transmettre au public ?

Cette pièce est composée d’un poème symphonique en trois sections principales qui décrivent le Rhône et son cours jusqu’à la mer Méditerranée. La première section décrit le Rhône en Valais, dans ses montagnes et ses vallées ; la seconde, plus calme, s’intéresse aux paysages du Léman et de ses vignobles ; puis la troisième section nous emmène vers des paysages de plus en plus méridionaux. Les trois sections s’enchaînent sans interruption. J’ai également noté quelques titres intermédiaires dans l’œuvre, qui permettent auxchef.fe.s d’orchestre et aux musicien.ne.s de se former un imaginaire de stimuler leur interprétation.

Si les trois sections sont basées sur des matériaux musicaux distincts, l’œuvre est unie par un motif principal (celui des premières mesures) qui revient comme leitmotiv dans les différentes sections, ainsi que par des suites harmoniques qui réapparaissent de manière plus ou moins évidente. Un choral présenté au début de l’œuvre permet également d’établir une unité entre le premier et le dernier mouvement. Dans le deuxième mouvement, je rends hommage à la société commanditaire de l’œuvre en utilisant comme matériau thématique de base la chanson vaudoise Le vigneron monte à sa vigne. Au lieu de reprendre le thème à proprement parler (ce qui m’aurait un peu bridé, notamment en termes d’harmonie), j’ai véritablement extrait les motifs musicaux qui m’intéressaient du matériau de base ; seules deux mesures citent la chanson de manière explicite.

Si je devais résumer ce que j’aimerais transmettre au public, ce serait avant tout de l’emmener en voyage, dans un périple coloré. Le langage, tantôt cinématographique, tantôt se référant au répertoire classique, tantôt aux deux, trouvera, je l’espère, une résonance chez de nombreux auditeurs et auditrices. Et surtout, j’espère que l’Harmonie aura pris autant de plaisir à travailler et interpréter cette pièce que j’en ai eu à la composer !